Education sexuelle : l’initiation érotique plutôt que la pornographie

On s’est beaucoup interrogées pour savoir si on pouvait adresser sur notre blog un message aux jeunes filles. On est plutôt un blog de femmes adultes, mais beaucoup d’entre nous ont des filles à qui il va falloir savoir transmettre certaines « choses de la vie ». Il faut dire qu’en la matière, nos parents ont quand même laissé un vide béant dont aucune puissance éducatrice (Religions, Education Nationale) ne s’est vraiment préoccupée! Et du coup, c’est la pornographie qui s’est engouffrée, avec ses codes dominants « phallo-centrés » essentiellement déterminés par l’œil (pour ne pas dire autre chose) masculin, et des modes d’apprentissage catastrophiques (le copié-collé sans aucune prise de distance !).

On a envie de citer ici le sexologue Jacques Waynberg, Fondateur et directeur de l’Institut de sexologie, à Paris. Certes, c’est un homme 🙂 mais on vous a dit qu’ils avaient aussi le droit à la parole sur notre blog !, surtout quand ils ont comme lui le recul de plusieurs dizaines d’années d’expérience. Cette trajectoire lui a permis de voir les choses se passer sous ses yeux, avec les regrets que cela peut lui donner mais aussi les (bonnes) idées qu’il préconise…

« Le porno s’est substitué au travail d’initiation érotique que nous, sexologues, aurions dû mener. En dehors de tout jugement moral, le modèle incarné par le porno offre une représentation standardisée. Un style très particulier, très codifié. Le problème, c’est que c’est le seul modèle proposé aujourd’hui. C’est comme si des gosses n’apprenaient à lire qu’avec des polars ou de la science-fiction. Ce style porno se substitue à d’autres – romantique, érotique, etc. – au détriment de la qualité des relations. »

L’initiation érotique : voilà une belle idée !

Thérèse Hargot qui fait un travail remarquable dans les écoles, explique dans une interview au figaro/santé qu’elle reçoit des jeunes « accrocs au porno », et que l’âge moyen de la 1ère rencontre avec le porno est même en dessous de 11 ans ! Les garçons accrocs ont un profil « inhibés, de ceux qui n’osent pas dire à une fille qu’elle est jolie », et les filles n’ont plus de tabous : elles sont guidées vers le porno par ce qu’elles veulent savoir ce qui plait aux hommes.

Comment explique-t-elle une telle dérive ? La conjugaison du libéralisme sexuel et du libéralisme économique ! Et de placer dans un continuum dans lequel l’exposition au porno n’est finalement qu’une étape : évolution de la lingerie féminine, le succès de « 50 nuances de grey » qui met le SM à l’honneur, la multiplication des salons de massage et de prostitution, les applis et sites qui proposent « des coups d’un soir »…c’est vrai que l’énumération est sans fin.

Alors comment inventer cette « initiation érotique » ?

Thérèse Hargot mise sur « Tout ce qui intensifie une vraie relation à l’autre », et « remplacer la pulsion consommatoire par le désir et évidemment l’érotisme, encourager les expressions artistiques qui parlent de sexe sans pornographie », citant en exemple sa visite au Metropolitan Museum, où elle a emmené ses enfants voir un parcours «Œuvres d’art et Saint-Valentin».

Quid du porno féministe ?

On va aller regarder aussi ce qu’il se passe du côté du « porno féministe ». C’est un peu l’autre extrême, mais il ne faut pas l’écarter pour autant, vu que la pornographie, c’est ce qui tient le dessus du pavé en ce moment dans le domaine…La porte-étendard de ce courant, Erika Lust, réalisatrice de porno féministe et conférencière TED,  affirme avoir des valeurs (ben oui, des valeurs !) qui guident la production de tous ses films : 1-le plaisir consensuel et consenti. 2-la diversité des points de vue. 3-l’identification plus réelle et plus forte du spectateur. « Les histoires que je raconte sont compréhensibles. Dans mes films je veux toujours répondre à la question : pourquoi ces gens couchent-ils ensemble ? » …

Ça mérite sans doute qu’on investigue un peu plus.

Le clitoris en 3D dans les écoles

Vous avez dû le lire quelque part, Odile Fillod, chercheuse en  sciences médico-sociales, a mis au point avec une copine artiste une représentation en volume du clitoris, imprimable grâce à une imprimante 3D. L’objet est mis à disposition des enseignants en tant qu’option sur une plateforme de ressources pédagogiques.

Mis sous l’angle de l’apprentissage du plaisir féminin, il y a de l’idée, car finalement, il s’agit de démontrer que le clitoris est l’équivalent du pénis pour les hommes, qu’il ne se réduit pas à son capuchon (sa seule partie visible), qu’il peut avoir des érections et se mettre au repos, et que la vraie différence avec le sexe masculin, c’est qu’on ne le voit pas parce qu’il est à l’intérieur. Et ça…ça change tout ! Et il faut alors leur expliquer ce que ça change, notamment dans la construction psychologique de chacun.

En revanche, il y a un hic, soulevé par le pédopsychiatre Stéphane Clerget auteur de « Bien vivre ta première relation sexuelle si tu es une fille » et « Bien vivre ta première relation sexuelle si tu es un garçon »! Présenté par un professeur, le propos peut apparaître comme une injonction. « Le plaisir ne s’apprend pas par un professeur, c’est quelque chose de personnel » explique-t-il au micro d’Europe 1.

Autre hic soulevé cette fois par la sexologue Hélène Romano dans la même enquête menée par la station de radio : Si les fondamentaux de la sexualité sont le respect, l’intimité et la découverte, alors, la représentation presque triviale du clitoris « transgresse cette notion de découverte. Les adolescents ont une représentation du corps imaginaire, ils ont besoin de rêver » et ce clitoris 3D tue un peu le rêve. Sans oublier qu’en montrant un clitoris unique, on ne dit pas qu’en fait, chaque femme est unique et chaque histoire sexuelle qu’elle va vivre avec un.e partenaire sera unique.

L-initiation-érotique.com

Bref ! On voit bien qu’on en est au stade du tâtonnement,  mais nous pensons qu’il faut encourager et compléter toutes ces initiatives pour avancer et structure cette nouvelle science sociale si urgente pour la construction de nos enfants.

Et il n’est pas sûr que tout cela doive se passer à l’Ecole, où il semble impossible d’enseigner à « découvrir » sur des sujets si intimes : expliquer sans montrer, faire ressentir des émotions si personnelles dans une salle de classe, devant les copains et les copines… ce qui nous donne envie de revenir à Thérèse Hargot (pour la citer comme exemple) et qui fait très bien le job dans les écoles quand on l’y invite….Il faut des pros c’est sûr, mais il faut aussi des femmes et des hommes qui auront les qualités humaines pour transmettre ce qu’il y a à transmettre.

Sur son blog, la sexologue nous explique qu’elle a beaucoup de travail, pour s’excuser de mettre trop de temps à répondre aux mails qu’elle reçoit…On veut bien la croire, car il y a du pain sur la planche. Mais ça, c’est une affaire à suivre…et on ne va pas la lâcher.

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